Adieu l'AAmie

Publié le par Robert Denice

 

Constat et expérience décevante de l’absence de sobriété malgré des années d’abstinence.

Le jour du décès d’un membre AA. Les réactions émotives chez différents membres peuvent varier de la peine, la mansuétude, l’humanité à la haine, la rancœur ou les règlements de compte.

 

Dans les circonstances particulières de la perte d’un membre des AA (décédé), qui s’est dévoué de nombreuses années au service de ceux qui souffraient, il me sembla incongru de professer des leçons de méthode, sans avoir soi-même la capacité de mettre en pratique le programme des AA, tant en AA que dans tous les domaines de sa vie.

Se revêtir d’un nombre d’années d’abstinence ne cache pas le manque de sobriété qui devrait pourtant être le résultat du travail qui s’effectue grâce à la mise en pratique du Programme.

La culture de la haine et de la rancœur n’est nullement inscrite dans la méthode, fut-elle camouflée derrière une inexistante excuse de tradition « de chose à ne pas faire », totalement sortie de l’imagination de celui qui s’invente un nouveau programme, contraire à la richesse spirituelle de celui des Alcooliques Anonymes.

Pour mémoire, il serait bon de relire cet extrait d’un article de Bill sur « l’orgueil spirituel » qui reste à méditer par les donneurs de leçon.

 

L’orgueil spirituel en AA, (Extraits copiés dans « la foi », cinq articles de Bill). Pages 6-7-8-9-.

Voici un exemple désastreux d’orgueil spirituel :

 

« IL y a plusieurs années, un de ces incroyants me le fait comprendre clairement. Il s’agissait d’un médecin de fort bonne réputation. Je l’avais rencontré avec son épouse Mary au  domicile d’un ami du Midwest. C’était au cours d’une soirée mondaine. Notre association d’alcooliques Anonymes était alors mon seul propos et je monopolisais la conversation. Toutefois, le médecin et son épouse semblaient vraiment intéressés et me posèrent plusieurs questions. L’une d’entre elles me fit supposer qu’il était agnostique ou peut-être athée.

Cela me « mis en marche » immédiatement et je décidai de le convertir sur le champ. D’un air solennel, je commençai à me venter d’avoir vécu une expérience spirituelle spectaculaire quelques années auparavant. Gentiment, le docteur me fit remarquer que cette expérience était peut-être d’une nature différente de celle à laquelle je pensais. Cela me blessa profondément et je devins plus acerbe, pourtant il n’y avait pas eu de réelle provocation de sa part, le médecin était courtois, de bonne humeur et même respectueux.

Même s’il me fit remarquer qu’il aurait bien aimé avoir, lui aussi, une foi solide, il était évident que je ne l’avais nullement convaincu.

Trois ans plus tard, de retour dans le Midwest, Mary m’apprit que son mari était décédé au cours de la semaine précédente. Bouleversée, elle me parla de lui.

 

Il appartenait à une famille en vue de Boston et avait fait ses études à Harvard. Ses succès universitaires lui promettaient une grande renommée : il aurait pu avoir une clientèle aisée et une vie sociale agréable. Portant, il avait insisté pour travailler  comme simple médecin d’une compagnie dans une ville industrielle agitée par des troubles sociaux.

Mary lui avait demandé quelquefois, pourquoi il ne retournait pas à Boston. Il lui prenait la main et répondait : « Peut-être as-tu raison, mais je ne puis partir, je pense que les personnes de la compagnie ont réellement besoin de moi ».

Mary fit observer qu’elle n’avait jamais entendu son mari se plaindre des événements, ni critiquer qui que ce soit avec amertume. Bien qu’il ait toujours paru en pleine forme, le docteur avait pourtant ralenti ses activités au cours des cinq dernières années. Lorsqu’elle lui proposait de sortir le soir, ou essayait de l’aider, il trouvait toujours une excuse plausible et de bon aloi pour s’esquiver ou se justifier. Ce n’est que beaucoup plus tard qu’elle apprit que durant toute cette période, il souffrait d’une maladie cardiaque qui aurait pu l’emporter à tout moment. Personne n’était au courant, sauf un médecin de son équipe. Quand Mary le lui reprocha, il lui dit simplement : «  je ne vois pas pourquoi j’aurais dû inquiéter les gens à mon sujet. Et particulièrement toi. ».

Voilà l’histoire d’une grande valeur spirituelle. Tous les éléments y étaient, la bonne humeur et la patience, la douceur et le courage, l’humilité et le dévouement, l’amour et la générosité.

En somme un ensemble de qualité que je suis aujourd’hui encore loin d’avoir acquises. Et voilà l’homme que j’avais toisé et à qui j’avais voulu faire la leçon, cet incroyant que je voulais convertir !...

 

Je constatais donc pour la première fois, combien une foi sans les œuvres pouvait-être une foi morte.

Mon propre réveil spirituel m’avait apporté une foi inébranlable en Dieu, un cadeau certainement. Mais je n’avais été ni humble ni sage. Me vantant de ma foi, j’avais oublié mes idéaux. L’orgueil et l’irresponsabilité les avaient remplacés. Eteignant ainsi ma propre lumière, il me restait très peu à offrir à mes amis alcooliques. Ma foi leur paraissait morte.

Je comprenais enfin pourquoi un grand nombre nous avaient quittés, certains d’entre eux pour toujours.

La foi n’est pas seulement le plus grand don reçu, la partager avec les autres est notre plus grande responsabilité et ce, « Dans tous les domaines de notre vie ».

« Donc, nous alcooliques anonymes, recherchions sans cesse la sagesse et la volonté qui nous permettront d’être à la hauteur. »

 

Page 6-7-8-9-. La foi : les 5 articles de Bill.

Traduit et publié à l’initiative du comité Francophone Européen des alcooliques anonymes

Editions Bruxelles-Paris 1991 de l’original 1965 The AA. Grapevine Inc. © Copyright.

 

 

Je noterai une touche personnelle ;

 La chaleur et le réconfort que j’ai pu trouver chez les AA de mes débuts en 1982 à aujourd’hui, la capacité de mes anciens à ne pas juger mais à m’attirer vers l’usage de la bonté, à mettre en pratique la foi que j’ai découverte avec eux, l’apprentissage qu’ils m’ont donné d’accepter les divergences de personnalité qui ont toujours fait la force des AA dans leurs diversités d’âges, de milieux social et culturel ou professionnel, de sexe ou de religion.

La maturité que chaque membre acquière en AA devrait lui permettre d’analyser en profondeur les bienfaits de la spiritualité dans ses actions, accepter cela sans haine ni rancœur.

 

Je remercie très sincèrement les membres AA qui dégageaient cette foi, les anciens comme les nouveaux entrés ; Elle m’a permis de me reconstruire et pouvoir vivre encore en paix et couler une douce retraite.

A un âge un peu avancé, comme celui d’Arlette qui vient de nous quitter et qui est maintenant en paix près du Dieu qui était le sien.

 

                                                                                       Robert de Nice. (17 AVRIL 2011)

 

 

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michelle 01/05/2011 12:56


J'ai vécu il y a un certain temps quelque chose de similaire...
"Le jour du décès d’un membre AA. Les réactions émotives chez différents membres peuvent varier de la peine, la mansuétude, l’humanité à la haine, la rancœur ou les règlements de compte."
Toutes ces réactions proviennent je pense de la première : la peine.
Et chacun trouve comme il peut sa manière d'exprimer, d'expirer, d'extirper cette peine... parfois cela se traduit de manière fort maladroite, avec aussi le besoin de blesser comme si cela pouvait
atténuer sa propre blessure...
Mais nous ne sommes tous que des humains, avançant chacun sur son propre chemin, portant son propre fardeau et ses failles, marchant dans ses propres chaussures, et les chemins sont souvent
escarpés et sinueux...
Nous ne sommes pas des saints. Personne. Et la peine est immense le jour où l'on perd un être cher.
AAmitié
michelle


eva 28/04/2011 08:25


c'est une belle histoire que celle de ce médecin. Merci